"Ré-adresser cette porte de Lille avec Son paysage". Alexandre Bouton donne sa vision du Carrefour Coubertin dans Cadre de Ville à propos du futur Tribunal.

25 Avril 2016
"Ré-adresser cette porte de Lille avec Son paysage". Alexandre Bouton donne sa vision du Carrefour Coubertin dans Cadre de Ville à propos du futur Tribunal.

Lille : le futur tribunal pourrait créer une nouvelle porte de la ville et de la métropole, Un Article d'Alix de Vogüé pour cadredeville.com

19/04/2016

"C'est le premier feu rouge en venant de l'autoroute. Il faut faire de l'équipement un germe d'urbanité", estiment les urbanistes du secteur. Jean-Jacques Urvoas, ministre de la Justice, a en effet annoncé hier à Lille, en présence de Martine Aubry, la construction d’un nouveau Palais de Justice sur une parcelle au nord de la ville, rue du Général-de-Gaulle, à l’extrémité du Vieux Lille, en bordure du Carrefour Coubertin : cette infrastructure, quasi-autoroutière, pourrait devenir une nouvelle porte de Lille et de la métropole.

Après avoir longtemps hésité à rénover le palais de justice actuel signé Jean Willerval dans le Vieux Lille sur l’avenue du Peuple-Belge, le ministère de la justice a prévu de regrouper le tribunal d’instance et de grande instance dans un bâtiment neuf de 20 000 m² de surface de plancher, sur une parcelle d’un hectare. « C’est le plus grand projet immobilier de la justice en dehors de Paris », a déclaré Jean-Jacques Urvoas. L’Agence publique pour l’immobilier de la justice  prépare le lancement de l’avis d’appel à candidatures du concours d’architecte, pour lequel le ministre s’attend à recevoir une centaine de dossiers. Son objectif est de désigner le lauréat au second trimestre 2017, pour un début des travaux en 2019, et une livraison fin 2021. Les enjeux pour l’agence sont la qualité architecturale, l’insertion urbaine, la réponse aux exigences fonctionnelles et techniques ainsi que la maintenabilité de l’ouvrage.

Situation



Martine Aubry s’est réjouie de voir aboutir un projet en gestation depuis plus d’une douzaine d’années, et pour lequel elle avait proposé différents sites au fil des ans (notamment Euralille et la Porte de Valenciennes). Lille a donc gardé son palais de Justice et évité de le voir filer sur le site de l’Union à Roubaix-Tourcoing comme l’espérait Guillaume Delbar, le maire de Roubaix. La maire de Lille a missionné la SPL Euralille pour accompagner l’agence publique pour l’immobilier de la justice, dans la préparation du concours (définition des fiches de lots), et pour examiner les conditions de l’intégration urbaine de cet équipement. 

En effet la SPL connaît bien le secteur Coubertin, au pied duquel sera construit le futur palais de justice. Il fait partie d’Euralille depuis l’origine (en l’occurrence de la ZAC historique du Centre international d'affaire des gares - CIAG, qui doit s'éteindre cette année). En 2011, la SPL avait séparé la réflexion en deux. Elle avait confié à Isabelle Menu un accord-cadre de maitrise d’oeuvre urbaine sur l’intensification du secteur central de la ZAC du CIAG, ce qui a donné naissance à Euralille 3000. Mais elle avait aussi conclu un accord-cadre de maîtrise d’oeuvre urbaine avec Urban Act (urbaniste, mandataire) R&Ra (Roland Ribi et associés) et Guillaume Derrien (paysagiste), au sujet de ces 4,5 hectares, qui sont composés du carrefour lui-même (dont la partie centrale appartient à la Métropole Européenne de Lille), et de terrains limitrophes au nord, qui appartiennent à la commune de la Madeleine. Plusieurs scénarii ont été étudiés, mais aucun n’avait été validé. Coubertin n’avait pas été raccroché sur Euralille 3000, mais le travail de l’équipe se poursuit toujours à travers cet accord-cadre.

Comment "adresser" un pareil bâtiment sur la ville ?

L’arrivée du palais de justice sur une parcelle appartenant à la ville de Lille, juste au sud du carrefour, va donc être l’occasion de réinterroger ce secteur. « Cet équipement représente un potentiel qu’il faut transformer en germe d’urbanité », indique Alexandre Bouton, responsable d’Urban Act. « Comment l’adresse-t-on sur la ville, compte tenu de sa taille importante et de ses contraintes de sécurité ? C’est une question intéressante. » Le projet lillois, qui devrait se développer en R+4 ou R+5, ne sera pas à l’échelle de celui de Paris, mais il pourra constituer un signal fort.

 

Le terrain d'assiette.



Selon Alexandre Bouton, « le Carrefour Coubertin, c’est le premier feu rouge en venant de l’autoroute. On peut recréer une porte de la ville et de la Métropole. Aujourd’hui, on a le sentiment d’être au milieu de nulle part, on a ce sentiment d’éloignement car c’est l’univers de la voiture. Mais, on peut facilement retourner ce carrefour sur la ville, en lui faisant perdre son allure autoroutière et en le transformant en carrefour urbain. On récupère ici le sol naturel, en étant proche d’un côté de la Porte de Gand et ses restaurants et de l’autre des commerces de la Madeleine. » 

Un parc proche du centre

Pour l’urbaniste, « l’autre enjeu est de réadresser cette porte de Lille avec son paysage composé d’anciennes zones non aedificandi, qui intègre aujourd’hui différentes aires sportives. Le futur Palais de Justice peut devenir demain le signe de la reconnexion avec cette arrière-scène de Lille. La ville a la chance d’avoir un tel potentiel de corridor écologique aussi proche de son centre. C’est un parc. » Une partie du sujet est donc la mise en valeur de ce lien vert et bleu entre Euralille et la Deûle. L’autre pourra aussi être le renforcement de la connexion avec la ville de la Madeleine, puisque la rue du Général-de-Gaulle s’y poursuit, pour devenir une grande artère Nord-Sud de la commune. Cela avait été un des trois scénarii étudiés.

Reste enfin la question posée sur l’avenir de l’actuel palais de Justice, qui appartient au conseil départemental du Nord. Jean-Jacques Urvoas a inscrit les crédits nécessaires à une démolition, si elle lui est imposée. Martine Aubry a clairement manifesté son souhait de ne pas garder ce bâtiment : «« J'aime bien les bâtiments parfois en rupture qui apportent une certaine modernité. Je ne suis pas sûre que cela soit le cas pour celui-là, un touriste m'a dit récemment : qu'est ce que c'est que cette verrue ? ». Elle a indiqué que le ministère de la culture n’était pas du même avis, et a souligné lors de la conférence de presse : « Je compte bien en débattre ». La maire de Lille a évoqué sa vision urbaine : « Nous n’avons pas renoncé à remettre en eau l’avenue du Peuple-Belge , nous verrions bien, à la place du palais de justice, des bâtisses de même hauteur que les constructions du reste du quartier. Mais des ruptures sont quand même possibles. »
 

 

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